La candidature officielle de la Turquie est très difficile à concrétiser. Le gouvernement turc semble déterminé à aller au bout des négociations d'adhésion tout en transformant la Turquie en une puissance " globale ". Il s'oppose à l'intransigeance de certains dirigeants européens adeptes d'un " approfondissement ". Pendant cette valse-hésitation, les citoyens turcs semblent perdre confiance tandis que les citoyens européens, au moins en Europe occidentale, paraissent accepter de moins en moins l'idée d'une Turquie membre de l'UE. Mais ce pays, membre de l'OTAN, du Conseil de l'Europe, de l'Union de l'Europe Occidentale, lié à l'UE par un accord douanier depuis 1995, ne peut évidemment pas se satisfaire d'un statut d'éternel candidat. Néanmoins, les arguments des opposants révèlent surtout un profond malaise : celui du rapport entre les citoyens et la construction européenne, celui du projet européen lui-même. La citoyenneté européenne est supplétive, le projet n'est pas partagé, la légitimité démocratique reste faible. La question n'est donc pas de savoir si oui ou non la Turquie et les Turcs sont " européens " mais bien de savoir s'il y a compatibilité entre eux et les citoyens de l'UE, au niveau d'un projet politique et économique commun. Le problème de l'adhésion de la Turquie invite ainsi à s'interroger sur les limites de l'UE, sur la place des religions et en particulier de l'Islam, sur la gestion de la diversité culturelle, sur la place des minorités, sur les cultures démocratiques, etc. La Turquie ne sera peut-être bientôt plus en attente d'une hypothétique issue des négociations d'adhésion. Le paradoxe sera alors qu'en ayant contribué à l'installation de l'acquis communautaire en Turquie, l'Union européenne aura contribué à mettre en place un acteur mondial de premier plan, économique, politique comme social et culturel... et qui n'aura plus d'intérêt à solliciter une adhésion !